Le président national Dan Oldfield a rédigé un excellent texte d’opinion sur l’absurdité de couper le financement de CBC/Radio-Canada. Il vient tout juste d’être publié dans le National Observer du Canada https://archive.is/nbxuV
Voici ce que Dan a à dire :
Couper le financement de Radio-Canada – à quel prix?
Oscar Wilde disait : « Un cynique est un homme qui connaît le prix de tout, mais la valeur de rien. »
Malheureusement, cela semble bien s’appliquer à l’homme qui aspire à devenir le prochain premier ministre du Canada. Cette citation est particulièrement pertinente lorsqu’on examine sa promesse de « couper le financement de Radio-Canada ».
En pensant à la disparition possible de Radio-Canada, je pense à toutes les histoires qui ne seront jamais racontées, grandes ou petites, nationales ou locales. Je pense aux musiciens qu’on n’entendra jamais, aux chansons qui ne seront pas chantées, aux écrivains qui ne seront pas lus et aux artistes de toutes sortes qu’on ne verra pas. Radio-Canada offre une scène aux talents canadiens, souvent un point de départ et un public.
La menace lancée par le chef du Parti conservateur, Pierre Poilievre, n’est qu’un autre exemple de slogan en trois mots — simple en apparence : « couper le financement de Radio-Canada ». Mais comme beaucoup de slogans simplistes, la réalité est bien plus complexe.
Poilievre prétend que la coupure ne viserait que les services en anglais, ce qui démontre une profonde méconnaissance du fonctionnement de Radio-Canada. Les services anglophones et francophones partagent les mêmes bâtiments, les mêmes infrastructures, et les mêmes ressources humaines et matérielles.
Il affirme que son plan permettrait d’économiser un milliard de dollars. Or, 40 % des fonds publics alloués à Radio-Canada soutiennent les services en français — sans compter les nombreuses ressources partagées. Alors, où trouverait-il ce milliard de dollars?
Le Parti conservateur se dit fiscalement responsable. Ce point est discutable, mais supposons qu’il accorde de l’importance à l’équilibre entre dépenses et bénéfices.
Mais lorsqu’on envisage de démanteler une institution culturelle canadienne vieille de 90 ans comme Radio-Canada, il faudrait peut-être se demander : à quel prix?
Ce n’est clairement pas le cas ici, ce qui nous pousse à conclure que cette attaque Radio-Canada n’est pas motivée par des raisons budgétaires.
Selon une étude menée par Deloitte, chaque dollar investi par les contribuables dans Radio-Canada génère un rendement de plus de 2 pour 1. CBC/Radio-Canada est la plus importante institution culturelle du pays et le principal commanditaire de contenu original canadien. Elle soutient le secteur créatif du pays, alimente une communauté culturelle qui génère des milliards de dollars pour l’économie et crée des dizaines de milliers d’emplois. Ces chiffres devraient interpeller ceux qui se disent fiscalement responsables.
Pensez aussi aux quelque 5 000 Canadiens payant des impôts qui perdraient leur emploi, et à l’impact sur leurs familles et leurs communautés.
L’argent n’est pas tout. Couper les fonds de Radio-Canada, c’est aussi perdre beaucoup plus.
Pour des millions de Canadiens vivant dans des régions éloignées, Radio-Canada est souvent la seule source d’information locale et nationale. Elle dessert également les collectivités du Nord canadien. Qui d’autre diffusera dans huit langues autochtones? CTV? Global?
Il est facile pour un politicien vivant à Ottawa de croire que ce qu’il voit à la télévision privée ou entend à Fox News est ce que tous les Canadiens veulent. Cela démontre une ignorance inquiétante de la culture et de la géographie canadiennes.
Les chaînes privées sont là pour faire de l’argent. C’est pourquoi CTV et Global diffusent des sitcoms américaines en soirée. Leur priorité n’est pas de desservir tous les Canadiens. Pensez-vous vraiment que le CRTC exigera qu’ils ouvrent des stations à Yellowknife ou à Iqaluit?
Poilievre se présente comme un populiste, mais il rate sa cible en s’attaquant au diffuseur public. Un sondage récent (en anglais seulement) du Centre for Media, Technology and Democracy révèle que, même s’ils souhaitent des changements, 78 % des Canadiens veulent préserver Radio-Canada.
Au fond, le slogan « couper le financement de Radio-Canada » relève de l’idéologie. Il est porté par un chef de parti qui, de son propre aveu, ne regarde ni n’écoute Radio-Canada, mais la juge trop à gauche. Espérons que le Canada ne devienne jamais un pays où les politiciens décident de ce que la population peut voir, entendre ou lire.
Peut-être est-ce le reflet de notre époque : les slogans sont accrocheurs, séduisants. Mais avant de démanteler une institution culturelle centenaire, il faut vraiment se demander : à quel prix?